Le 4 mars 1976, le pont de Montredon-des-Corbières est le théâtre d’une manifestation de viticulteurs sanglante. Un mort chez les CRS. Un mort chez les manifestants. Depuis, chaque camp commémorait de son côté le tragique événement. Ce dimanche 8 mars, une cérémonie commune est prévue.

C’est une cicatrice profonde. Vieille d’un demi-siècle et qui peine toujours à se refermer. Elle remonte aux années 1970, le monde viticole du Languedoc crie alors sa colère. Début 1976, les tensions avec l’État sont à leur paroxysme. Le 4 mars, des milliers de vignerons sont rassemblés à Montredon-des-Corbières. Sur ce pont stratégique qui permet de bloquer à la fois l’axe routier et la voie de chemin de fer. En face, l’État montre les muscles. Des compagnies de CRS sont déployées. Deux déterminations sur un même territoire. Et, au milieu d’un après-midi qui bascule, des tirs. Deux morts. Le commandant Le Goff. Le vigneron Émile Pouytès. Depuis, et chaque année, deux mondes se tournent le dos lors des commémorations de ce tragique événement. Chacun sa stèle, chacun son jour. Mais, cette année 2026 et 50 ans après, l’heure de la réconciliation a sonné. Ce dimanche 8 mars, la commémoration sera commune.
Un documentaire et une poignée de mains
Le 15 octobre 2025. Le Théâtre+Ciné de Narbonne accueille un moment, s’il n’est historique, révélateur du dialogue de nouveau établi entre ex-CRS et monde viticole. Un moment suspendu à la faveur d’un documentaire. 52 minutes pour revisiter l’engrenage. Pour raconter l’escalade. Pour montrer comment, au fil des jours, vignerons et CRS ont été happés par une violence qui les dépassait.
Sandrine Mercier, co-réalisatrice avec Juan Hidalgo, explique : « Lors du tournage, au fil des témoignages, une évidence s’est imposée : les uns comme les autres ont vécu une histoire commune. Deux camps mais des hommes souvent aussi démunis que ceux qu’ils avaient en face d’eux. Ils étaient finalement assez proches dans la façon dont ils avaient été victimes de ce drame. »
À la fin de la projection, deux anciens CRS, Alain Crosnier et Jean-Louis Yonnet, serrent la main des fils d’André Cazes, alors figure et leader du Comité d’action viticole. Un geste simple. Et immense.
CRS et viticulteurs ont connu une histoire commune
Une proximité qui s’est donc naturellement manifestée par un serrage de mains un mercredi soir d’octobre et qui se verra concrétisée par cette commémoration commune lors d’un dimanche de mars.
Présent au moment des faits à Montredon et témoin de proximité de la révolte vigneronne des années 1970, Joan Pèire Laval se souvient : « Ce 4 mars a été une journée dramatique qui n’aurait jamais dû arriver », précise celui qui est aujourd’hui président de Pais Nostre mais qui était alors porte-parole de Volèm viure al país (VVAP). « Le 5 février 1976, déjà, à Carcassonne, Perpignan, Montpellier et Nîmes, dans chacune de ces villes, entre 15 et 20 000 personnes s’étaient rassemblées pour une journée ville morte. La tension n’a cessé de monter. Dès le mois d’août 1975. Au fur et à mesure, il s’est créé une convergence des luttes entre le monde occitan et les viticulteurs. La cause commune était simple : pouvoir vivre et travailler au pays (volèm Viure e trabalhar al Pais, NDLR). Ce qui était de plus en plus difficile pour les viticulteurs avec l’importation de vins étrangers, notamment, italien qui faisait chuter grandement les prix. »
Un terreau fertile à la montée d’une révolte puissante (et alors violente) qui n’est pas sans rappeler, le contexte de 2026. Agricole en général, viticole en particulier.
Pratique : la commémoration des 50 ans aura lieu ce dimanche 8 mars, à 11 h, au pont de Montredon.
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