7500 participants et 150 Collectifs se sont rassemblés au Larzac REPORTERRE

Les collectifs des luttes locales ont fait le bilan et annoncé leurs intentions après quatre jours de rencontres sur le Larzac. Des fermes-usines au nucléaire, l’été et l’automne seront remplis de mobilisations partout en France.

Du 3 au 6 août, près de 150 collectifs des luttes locales de France se réunissent au Larzac. La rédaction de Reporterre est sur place pour vous faire vivre ce rassemblement historique.


La Couvertoirade (Aveyron), reportage

Le tube de France Gall, Résiste, grésille dans les baffles posés à même la paille. Rassemblés, les ultimes résistants, ayant bravé bourrasques et averses, savourent la chaleur réconfortante de l’astre du jour. Le 6 août, dans les causses du Larzac, une dernière assemblée a signé le clap de fin du rassemblement des « Résistantes ».

« Quatre jours d’échanges, de débats, de partage et de fête pour mettre en commun nos expériences et nos aspirations, décrit Victor Vauquois, cofondateur de Terres de Luttes, l’une des associations organisatrices. Quatre jours pour cultiver nos espoirs. »

Décompte fait, pas moins de 7 500 participants ont foulé les champs, prêtés par des paysans, et plongé dans l’obscurité des nombreux chapiteaux. Plus de 200 collectifs étaient présents pour faire converger les 600 luttes locales qui parsèment le territoire. Recensées dès 2019 par Reporterre, dans la « Carte des luttes », une centaine sont déjà sorties victorieuses.

Bien loin de sonner le glas de la révolte, la clôture des rencontres a été marquée par la présentation de l’agenda militant de la rentrée. Celui-ci est bien rempli, 60 organisations ayant déjà inscrit par dizaines sur un grand tableau de futures mobilisations, « massives et déterminées, comme un pied au nez à celles et ceux qui pensent stopper un mouvement et une colère légitime à coups de décrets, de murs de CRS et de harcèlement judiciaire », annonce Sara Melki, porte-parole de la Confédération paysanne.

Un agenda des luttes locales

« On me dit dans l’oreillette qu’il s’est tenu, ici, une réunion d’écoterroristes », s’amuse au micro Enora Chopard, porte-parole de la Déroute des routes. Un activiste des Soulèvements de la Terre grimpe alors à la tribune et se réjouit de la constellation de comités locaux de soutien au mouvement dissout, le 21 juin, par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

« En dépit des arrestations et de la répression policière, on continuera à défendre nos terres », lance-t-il. Le 8 août, le Conseil d’État sera chargé de statuer sur le recours en référé. Pour l’heure, l’avenir du mouvement reste incertain, mais la promesse est déjà faite de la tenue d’un grand soulèvement « à l’automne ».

De la flopée d’assemblées, tenues durant quatre jours, a émergé une multitude d’alliances, et quelques décisions ont été prises. Le 13 août, dans le Lot, aura lieu une mobilisation contre un projet photovoltaïque de TotalÉnergies, « qui menace d’artificialiser des centaines d’hectares de terres nourricières », dit Sébastien, paysan syndiqué. « Et ce, alors même qu’il y a largement assez de toitures industrielles et de parking pour faire tous les panneaux solaires dont on a besoin. »

Hydrofurieux

Du 18 au 27 août, un Convoi de l’eau reliera Sainte-Soline à Paris. « Bon, on hésite encore sur le nom de la coalition naissance des luttes de l’eau, sourit un trentenaire dont le drapeau rose flotte au vent. L’Hydre ou les Hydrofurieux… Vous en pensez quoi ? »

Un instant après, le porte-parole de Bassines non merci, Julien Le Guet a eu une pensée pour quatre militants condamnés il y a quelques jours, dans le chef-lieu des Deux-Sèvres : « Loïc, maintenant, a un bracelet et les autres ont pris du sursis. Rejoignez-nous le 8 septembre, à Niort. On sera encore neuf camarades à passer sous les fourches caudines de la justice française. No bassaran ! »

« Nous assumons nos différences et nos désaccords, mais face à l’ampleur de la gravité de l’offensive que nous subissons, faire bloc et riposter globalement est une nécessité », poursuit Sara Melki, l’une des organisatrices.

« Aujourd’hui, le mouvement antinucléaire a été relancé »

Les « Résistantes » ont d’ailleurs été le théâtre d’un « moment historique », d’après les mots d’Angélique Hugain, militante à Bure : « Parce qu’aujourd’hui, jour de commémoration des morts d’Hiroshima, le mouvement antinucléaire a été relancé. » Le 23 septembre, les citoyens seront invités à marcher contre « le concept ignoble de la bombe nucléaire ». Le 22 octobre, à se rassembler devant la centrale la plus proche de chez eux.

L’automne sera aussi marqué par le retour au combat de « Déroute des routes ». Le 7 octobre, « toutes celles et ceux luttant contre un maillon de l’agrobusiness sont appelés à organiser des actions et des sabotages… par milliers », scande un militant de la Résistances Aux Fermes Usines (Rafu). Plus tard encore, au printemps 2024, une grande assemblée sera tenue sur le plateau de Millevaches, pour organiser la défense des forêts.

15 000 repas et 50 tonnes de…

Des chiffres surprenants ont été dévoilés par les bénévoles : de jeudi à dimanche, 15 000 repas ont été servis par la nouvelle inter-cantines, « Midi Croquante », qui promet de réapparaître pour les mobilisations futures.

Chaque jour, 400 kilos de pain étaient également fabriqués dans les fournils de l’Internationale boulangère mobile. « On avait estimé votre production d’excréments à 20 tonnes… vous avez fait grimper la barre à 50, précise même un chargé d’hygiène, avant d’ajouter, sur le ton de la boutade : Tout le fruit de votre travail sera déposé devant les préfectures, pour nourrir les actions ! »

Un dispositif de prévention des oppressions systémiques, Festivités fight sexism (FFS), était déployé. Jours et nuits, ses membres ont organisé des veilles. Sur scène, ils regrettent toutefois avoir dû « intervenir sur plein de violences sexistes et sexuelles, notamment de misogynie, de transphobie, d’homophobie, de queerphobie et d’agressions. »

D’autres bénévoles ont aussi pointé le manque de prise en compte du racisme : « Il reste encore beaucoup à faire pour que les enjeux antiracistes et décoloniaux soient considérés comme essentiels et à la base de nos luttes écologistes et anticapitalistes. »

« Maintenant, agissons ! »

À l’heure de laisser la quiétude trôner à nouveau sur le haut plateau karstique, deux des paysans ayant prêté leurs terres pour la tenue de la fête ont prononcé un mot. Carole, émue et à la voix terriblement enrouée, s’est contentée de murmurer timidement : « Merci à tous, c’était magique ! »

À côté d’elle, lui caressant l’épaule chaleureusement, Francis a ajouté : « Ces rencontres s’achèvent aujourd’hui, mais dans mon cœur, j’aimerais qu’elles continuent. On a fait beaucoup de blabla pendant quatre jours… Maintenant, agissons ! »

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