Vers l’arrêt du train des primeurs ? REPORTERRE

Le « train des primeurs », entre Perpignan et Rungis, va s’arrêter en juin. Pour toujours ? Ce tronçon fait partie des 23 lignes que Fret SNCF, en plein démantèlement, doit abandonner à la concurrence.

Est-ce la fin du voyage pour le train de marchandises Perpignan – Rungis ? Selon des documents dévoilés le 31 mai lors d’une conférence de presse organisée par Céline Malaisé, conseillère régionale d’Île-de-France, et Pascal Savoldelli, sénateur du Val-de-Marne, les wagons qui transportent des fruits et légumes jusqu’à la capitale pourraient définitivement rester à quai. « Nous n’avons aujourd’hui aucune garantie sur sa reprise », s’inquiète Céline Malaisé. Ces deux élus communistes craignent qu’il disparaisse après le mois de juin.

Dans ce document interne, la SNCF explique que ce tronçon fait partie des vingt-trois lignes qu’elle doit abandonner à la concurrence dans le cadre du « plan de discontinuité » voulu par le gouvernement pour calmer la colère de Bruxelles. Quinze liaisons de fret sur vingt-trois ont déjà été cédées. La Commission européenne avait ouvert une enquête pour concurrence déloyale et réclamé le remboursement de 5,3 milliards d’euros d’aides publiques à la filière. Pour éviter la faillite, l’État a donc promis des sanctions, parmi lesquelles le délestage de certaines lignes. Une politique de démantèlement dénoncée par les syndicats.

Ce n’est pas la première fois que ce train est menacé. Lancé en 1986, il avait été supprimé entre 2019 et 2020, puis remis en circulation en octobre 2021 après deux ans d’arrêt. « C’est un train fantôme qui apparaît et disparaît depuis plusieurs années. À chaque fois qu’il revient, c’est parce qu’il y a eu une mobilisation », assure Céline Malaisé.

Un appel à manifestation d’intérêt avait été lancé par le gouvernement en juillet 2023 pour trouver un repreneur. Mais personne n’a postulé et Fret SNCF n’a pas le droit d’y répondre. « Il nous faudrait une dérogation de la Commission européenne pour être autorisé à continuer d’exploiter la ligne. Or, il n’y a aucune entente sur le sujet à ce stade », explique Alexandre Foures, élu CGT chez Fret SNCF dans les colonnes du Parisien.

20 000 camions en moins sur les routes

Le train entre Perpignan et Rungis transporte 140 000 tonnes de fruits et légumes à l’année selon des chiffres de la CGT. Il permet d’éviter entre 20 000 et 25 000 camions par an sur les routes. Le sénateur Pascal Savoldelli assure que cela représente 70 % des primeurs qui arrivent en Île-de-France. Las, depuis plusieurs années, la ligne n’était pas rentable, car les wagons rentraient à vide. « Au fur et à mesure du démantèlement du fret, la SNCF a supprimé des emplois commerciaux qui chargeaient le train. Il était donc de moins en moins rempli », dit Céline Malaisé.

Transporter des marchandises autres que des fruits et légumes, entre la capitale et la frontière espagnole, devrait pourtant intéresser certaines entreprises. « Fret SNCF avait été démarché par un logisticien pour descendre des marchandises d’entreprises de bricolage. Il y avait du potentiel. Mais cela n’a pas abouti », se désole Michaël Meunier, représentant de la section syndicale CGT à Perpignan.

Actuellement, le seul « chargeur » du train des primeurs est la société Primever, spécialisée dans le transport et la logistique. « Tous les importateurs de fruits et légumes du marché Saint-Charles à Perpignan sont aussi des mastodontes du transport routier », précise Michaël Meunier. Et sont donc peu enclins à prendre le train. « Sauf pour faire de la com’ », poursuit le syndicaliste.

 

Autre obstacle sur les rails : les travaux prévus à Rungis par la Semmaris, qui gère le marché. L’entreprise souhaite construire un terminal multimodal afin de porter à 20 % la part du ferroviaire dans les approvisionnements et éviter 60 000 camions par an sur les routes. De quoi bloquer le trafic pendant des mois car les trains ne pourront plus circuler. Mais là encore, rien de très concret. Une fois les travaux terminés que va-t-il se passer ?

« Nous allons rencontrer la Semmaris dans quinze jours car nous aimerions en savoir plus sur la date de début des travaux. Ils parlent d’avril 2025, mais pour l’instant, nous n’avons aucun détail », dit Michaël Meunier. Contactée par France 3, la Semmaris se dit très attachée « au maintien d’une liaison ferroviaire pour approvisionner le marché de Rungis en produits frais » mais « que ce maintien implique une modernisation de l’outil ».

La conseillère régionale Céline Malaisé n’a pas plus d’informations. « On nous a juste précisé que les travaux allaient durer un an et demi. »

Pourquoi entretenir un tel secret autour du devenir de cette ligne ? D’autant que « c’est un sujet qui intéresse. On avait été surpris en 2018-2019 : la mobilisation avait été considérable. Je pense que c’est encore possible de la sauver et qu’il faut se mobiliser dès aujourd’hui. Tout est une question de volonté politique », poursuit Céline Malaisé.

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