Lettre de JF Julliard directeur de GREENPEACE

Bonjour Jean-pierre,

Comme vous l’avez peut-être vu dans les médias ou sur nos réseaux sociaux, tôt ce matin, une trentaine de militantes et militants de Greenpeace ont mené des actions simultanées dans six villes françaises. Ils et elles ont déboulonné les enseignes de quatre groupes agro-industriels, d’un mastodonte de la grande distribution et du syndicat agricole majoritaire, remplacées par des banderoles dénonçant la culpabilité de ces géants de l’agro-business.

Par ces actions, nous avons voulu pointer du doigt leur responsabilité considérable, avec la complicité du gouvernement, dans la crise agricole, sociale et environnementale en cours, à quelques jours de l’ouverture du salon de l’Agriculture. C’est l’occasion pour moi de vous partager des informations sur les vrais coupables de cette crise.

Voir les actions de nos activistes
Aujourd’hui, nombre d’agriculteurs et d’agricultrices ne parviennent pas à vivre dignement de leur travail, alors qu’ils et elles nous nourrissent. Une situation intolérable. Mais supprimer les normes environnementales, réduire à néant les efforts de réduction des pesticides ou accélérer la construction de mégabassines au profit de quelques grosses exploitations ne changera rien aux problèmes de rémunération et aux souffrances du monde paysan. Pire, cela ne fera qu’aggraver les impacts sanitaires et climatiques dont les agriculteurs et agricultrices sont déjà les premières victimes.

Les coupables de la crise agricole sont en réalité bien connus : l’agro-business et la grande distribution n’ont jamais autant prospéré que ces dernières années, alors que des producteurs sont contraints de vendre à perte et que l’inflation touche de plein fouet des millions de consommateurs et consommatrices.

Pour vous donner un rapide aperçu du poids et de la responsabilité des cinq entreprises que nous avons ciblées ce matin, voici quelques chiffres :

  • Le groupe LDC, propriétaire entre autres des marques Le Gaulois et Maître Coq, contrôle à lui seul 40 % du marché de la volaille en France et maîtrise l’ensemble de la chaîne de production, tout-puissant dans ses zones d’implantation et reléguant les éleveurs au rang de sous-traitants.
  • Le groupe Avril, présidé par Arnaud Rousseau (par ailleurs président du syndicat FNSEA), réalise plus de la moitié de son chiffre d’affaires à l’étranger, via de multiples activités : production d’aliments, chimie, énergie, agrocarburants, finance… C’est le numéro 1 sur le marché des huiles végétales en France (via ses marques Lesieur et Puget, entre autres).
  • Bayer, notamment connu pour son fameux Round Up, un cocktail herbicide à base de glyphosate, est aussi un puissant lobby qui milite pour la dérégulation des OGM et le maintien des pesticides, hélas avec succès. Le groupe allemand a dépensé plus de 7 millions d’euros pour ses activités de lobbying au niveau européen en 2022.
  • Lactalis est une entreprise bien connue, puisqu’il s’agit de la première entreprise mondiale de produits laitiers, qui s’est associée à la deuxième plus grosse entreprise du secteur, Nestlé. Un poids gigantesque qui déséquilibre les négociations avec les éleveurs laitiers, dont 20 % vivent sous le seuil de pauvreté.
  • E. Leclerc est le leader français de la grande distribution, avec un quart des parts de marché. L’enseigne n’hésite pas à compresser les prix payés aux éleveurs et est régulièrement soupçonnée de contourner la loi française en passant par sa centrale d’achat en Belgique.

Édifiant, n’est-ce pas ? Si vous souhaitez en savoir davantage, nous mettons à votre disposition des informations et liens sur une page de notre site : « Voici les VRAIS coupables de la crise agricole ».

En savoir plus sur les vrais coupables de la crise agricole
Face à cette mainmise de l’agro-industrie, qui met à mal le monde paysan et pollue massivement notre environnement, que faire ? Là aussi, les solutions sont connues : l’agriculture française a besoin d’une profonde transformation, axée sur la transition agroécologique.

Voici nos propositions qui sont autant de mesures vitales, aussi bien pour le monde agricole que pour notre santé et celle de la planète :

  • Mettre en place de prix plancher (pour garantir une rémunération décente aux agriculteurs).
  • Encadrer strictement les marges des transformateurs et des distributeurs.
  • Instaurer des prix minimum d’entrée des produits importés (pour éviter une concurrence déloyale sur les plans environnementaux et sociaux).
  • Mettre fin aux accords de libre-échange.
  • Réformer la Politique Agricole Commune européenne.

En dénonçant ce matin les tenants de l’agro-business et ce modèle qui nous mène dans le mur, nous avons aussi voulu porter ce message : oui, il est possible de nourrir le monde autrement, en respectant à la fois la dignité de celles et ceux qui produisent notre alimentation, et l’environnement. Des milliers d’agriculteurs et d’agricultrices, engagés dans des modes de production agroécologiques, le prouvent chaque jour, et doivent être massivement soutenus et accompagnés dans leurs démarches.

À quelques jours de l’ouverture du salon de l’Agriculture, nous comptons bien porter haut et fort ces demandes face à une agro-industrie puissante. Et nous continuerons à lutter aux côtés des paysans et paysannes pour une transition agroécologique bénéfique pour toutes et tous.

Nous comptons sur votre soutien pour faire entendre ce message et nous aider à poursuivre nos actions. Pour cela, accepteriez-vous de transférer cet email à vos proches ?

Solidairement,
Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France

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